In Art we Trust – Commentaire au livre de Tristan Trémeau

Publié le 13 novembre 2012 dans Débat

Dans l’optique ouverte par le livre Art contemporain : le concept et incarnée par la grève des étudiants de l’École Supérieure d’Art d’Avignon de mai à septembre 2012, nous avons explicité récemment le processus d’exploitation et d’aliénation de l’art et de l’artiste subsumés sous la valorisation du capital. Voyons à présent ce qu’il est possible d’y répliquer.

Pour situer, sur un plan théorique, les enjeux de la libération de l’artiste aujourd’hui, nous proposons l’entrée suivante : la manière dont Tristan Trémeau, critique d’art, envisage cette question dans un court essai récemment paru : In Art we Trust (Al dante, Paris, 2011).

L’objet principal du livre de Trémeau consiste en l’analyse d’un « fonds de pension » pour artistes, nommé APT (Artist Pension Trust). Un fonds de pension supposément susceptible de soutenir les artistes malgré la précarité de leur économie, en leur offrant de cotiser dans une bourse qui leur assurera, des années plus tard, une rente pour leurs vieux jours. Cette analyse passe par le prisme d’une critique préalablement menée, au cours des années 2000, au sujet de divers dispositifs financiers, par un duo d’artistes nommé Société réaliste [1]. S’inscrivant dans la trajectoire proposée par ce duo, Trémeau mène une analyse qui le porte à rejeter le système de « sécurité à long terme » que prétend être APT. De nature patrimonial et spéculatif, le fonds ne fait, selon l’auteur, que renforcer l’exploitation et l’aliénation des artistes vis-à-vis du fonctionnement global du marché de l’art institutionnel.

Suite à ce rejet vient la proposition. Contre APT, Trémeau promeut « un esprit de rupture » susceptible d’affranchir l’artiste des contraintes de son économie précaire. Or, il nous semble que ce faisant, le discours de Trémeau finit par légitimer, sans le dire, le dispositif APT. Son propos se développe comme un serpent qui se mord la queue, conservant les principes de ce qu’il dénonce.

Ce discours, il s’agit donc de le comprendre pour le dépasser. À cette fin, nous opérons en quatre points. 1) Nous restituons les articulations de l’analyse de Trémeau pour déterminer quelle position critique elle définit. 2) Nous présentons l’ouverture finale de Trémeau comme invitation faite aux artistes de se libérer du caractère nocif de l’institution artistique de marché. 3) Nous montrons en quoi l’appel de Trémeau est non seulement insuffisant mais mystificateur. 4) Nous définissons une perspective d’émancipation conséquente.

Tristan Trémeau contre Artist Pension Trust

La précarité du métier est l’argument servi par APT pour inciter les artistes à lui confier des œuvres qui, ainsi mises en dépôt, sont censées faire l’objet d’une capitalisation commerciale. Cette capitalisation alimentant le fonds, celui-ci peut verser en retour à l’ensemble des artistes dépositaires une pension, disponible dès lors que chacun d’entre eux entend liquider celle-ci.

À noter que le fonds mutualise la valeur économique réalisée sur l’ensemble des ventes, solidarisant ainsi les artistes souscripteurs les plus renommés avec leurs collègues moins cotés, les premiers « aidant » celles et ceux des seconds dont les œuvres se vendent à moindre hauteur. Mais la mise en place de cette solidarité suppose, le lecteur l’aura compris, qu’APT développe une véritable politique de souscription en intéressant des artistes renommés en nombre conséquent. Le renom se mesure ici à la rentabilité de la production : APT devra non seulement vendre les œuvres des artistes, et notamment des plus reconnus, à une hauteur permettant de couvrir l’ensemble des pensions, mais de surcroît, tirer bénéfice pour les propriétaires du fonds.

Certes, APT n’est pas opérationnel au moment où Trémeau rédige sa critique. Le fonds ne compte pas autant d’artistes que l’annonçaient ses prévisions, tandis que la somme récoltée par les ventes est encore insuffisante pour couvrir les pensions des artistes souscripteurs. Cependant, ce retard de mise en place opérationnelle n’empêche par Trémeau d’inférer les implications nécessaires du mode de fonctionnement du fonds : en toute logique, participer d’APT renforce une double dynamique d’aliénation, par coterie d’une part, par exclusion d’autre part.

La coterie est culturo-mondaine : il s’agit d’intéresser le marché de l’art en accédant à un niveau de réputation commerciale rendant possible la souscription à APT. Si, pour son bon fonctionnement et le profit de ses propriétaires, le fonds ne fait participer à son programme que des artistes réputés rentables, alors accéder à APT devient un enjeu moins sécurisant que promotionnel, légitimant les dispositions capitalistes de l’institution artistique de marché.

Cependant que l’exclusion est le revers de la coterie, lorsque participer d’APT devient un gage de qualité artistique, discriminant les artistes n’en faisant pas partie. En effet, le fonctionnement du fonds suppose la dévalorisation constante de la production d’artistes non souscripteurs.

À double titre, APT est donc à rejeter. Nous sommes d’accord avec Trémeau sur ce point [2].

La proposition de Trémeau

Confronté au travers du cas d’APT à la question de l’économie du métier d’artiste, Trémeau dégage quelques lignes d’horizon à la fin de son ouvrage. Les citations que nous reproduisons ci-après sont issues de cette ouverture finale, portant sur une possible émancipation de l’art et de l’artiste selon une logique distincte de l’adhésion (ou tentative d’adhésion) au fonds. Ainsi Trémeau écrit-il :

« On aime aujourd’hui citer abondamment l’émancipation comme valeur, suite au livre influent de Jacques Rancière (Le spectateur émancipé, La Fabrique, 2008), mais ce livre, au-delà de ses qualités (notamment quand il rappelle qu’émancipations politique et esthétique allaient de pair dans l’esprit et le vécu de sa génération, ou quand il critique la posture mélancolique de Gauche), demeure consensuel et neutre dans ses choix et positionnements esthétiques, de même que singulièrement retenu sur un plan politique. »

In Art we Trust, (p. 86)

À ce point, le lecteur s’attend à une proposition forte de la part de Trémeau. Qu’en est-il? [3]

« Il me semble qu’il faudrait au contraire faire valoir un esprit de rupture émancipatrice, fondé sur la plus grande positivité que recèle la réalité de la vie d’artiste… Savoir que l’on travaille essentiellement et majoritairement à perte peut faire jouir d’une grande liberté d’action, d’expérience et de choix si l’on veut bien la reconnaître et s’en saisir pour affirmer son autonomie et l’autorité de son travail. »

Trémeau ne développe pas davantage ce qu’il entend par « liberté d’action » et « affirmation d’autonomie ». Ce qu’il propose tient en « un esprit de rupture » comme départ d’une libération ; un esprit qui se fonde dans le fait de l’exploitation et de l’aliénation par le marché du travail artistique (« Savoir que l’on travaille essentiellement et majoritairement à perte »). C’est sur cette base que pourrait saillir comme à revers la « jouissance » d’une « autonomie » recouvrée. Délaissant l’état de fait capitaliste, aussi bien que le cercle (ou réseau) de la concurrence, l’artiste pourrait accéder à « l’expérience » et au « choix ».

Si son intention est louable, Trémeau fait pourtant fausse route dans la modalité de son appel à la libération de l’artiste. Notre discours est donc critique du sien et c’est en montrant en quoi que nous justifierons notre propre position à l’égard du même enjeu.

L’esprit de rupture est insuffisant à produire la liberté

Alors même qu’il prétend aborder de front l’économie politique de l’art, Trémeau l’escamote. En effet, au marché du travail artistique, il juxtapose l’aménagement d’une marge où la « liberté » pourrait se déployer. Alors, prétendant expliciter les termes de l’émancipation possible de l’artiste, Trémeau en pérennise le procès d’exploitation et d’aliénation. Voyons en quoi.

Dans la perspective tracée par Trémeau, la convention capitaliste de travail, entendue comme emploi de l’artiste par un employeur (le galeriste ou l’institution), est conservée [4]. Elle est certes critiquée, mais demeure l’envers nécessaire de l’émancipation, le pendant logique de l’esprit de rupture. Ce faisant, tout en ayant de le nier, l’auteur légitime la pérennité de l’art comme rapport social posant des détenteurs de capitaux face à des artistes précaires, les premiers possédant droit de vie et de mort sur la reconnaissance sociale des seconds.

Conséquemment, Trémeau ne donne pas un indice de ce en quoi consisterait l’émancipation qu’il évoque. Et pour cause, dans son discours, cette liberté ne détermine pas de différence concrète par rapport à l’aliénation de l’artiste subsumés sous la valorisation du capital. C’est le discours de Trémeau qui nous le confirme, en conservant les articulations clés de l’idéologie qu’il dénonce :

1) L’individu pour point de départ et d’arrivée, sans passage par l’être social ; ce qui pose un problème de type épistémologique — comment connaître l’individu, et sa liberté possible, sans passer par le collectif? À moins que l’être humain soit, par essence, un être atomique, ce qui sera difficile à démontrer. Autrement dit, l’aliénation structurellement commune des artistes, le caractère de classe de leur condition, n’est pas thématisé. Ce faisant, Trémeau ferme l’accès à une compréhension de la racine de l’aliénation : le pouvoir sur l’emploi de l’artiste, c’est-à-dire le pouvoir de reconnaître la valeur économique de sa production ; un pouvoir entièrement détenu par le collectif des employeurs, les employeurs comme classe. Si ce face à face n’est pas identifié, la pensée d’un dépassement de ce pouvoir sur l’emploi est impossible. Or là est l’enjeu : employer l’artiste l’autorise à exposer, donc médiatise sa reconnaissance sociale. Or ce qui constitue ce pouvoir sur l’emploi, c’est l’attribution ou non de valeur économique à la production de l’artiste.

Occulter ce pouvoir sur l’art aboutit, avec Trémeau, dans la naturalisation de la convention capitaliste de travail : certains détiennent du capital, d’autres non. Les premiers peuvent employer les seconds, tandis que ces derniers ne peuvent que concourir à la guerre sociale, afin d’accéder à la visibilité. Cette convention devient un fait allant de soi, incontournable.

2) Naturalisant la convention capitaliste de travail, le discours de Trémeau prolonge les caractères actuels de l’idéologie artistique : il préserve la forme fétiche de l’art à travers l’absolutisation de la personne de l’artiste, considéré comme un « travailleur à part » (un dieu) affublé par excellence des qualités de « liberté », d’ « autonomie », de « choix ». Ces caractères imputés ne sont pas rendus à leur historicité, aux rapports sociaux qui les soutiennent (selon un processus historique dont nous avons proposé récemment une esquisse). Ce faisant, maintenir la suprématie « créatrice » de l’artiste, c’est dénier ce statut à l’humanité entière. Or n’est-ce pas l’humanité dans son ensemble qui est créatrice de toute réalité culturelle?

L’artiste n’est-il pas le fils de son temps? Or ce temps, n’est-ce pas celui de la production de l’humanité comme humanité? Comme pratique et comme culture? Et notamment comme culture de la beauté? Cependant que tout objet signé par les dieux artistiques bénéficie d’une plus-value commerciale littéralement hors du commun, encaissée par les entreprises et institutions afférentes, sous réserve que celles-ci l’emploient, c’est-à-dire reconnaissent la valeur économique de son travail, tout en aliénant sa production aux représentations les plus conformes à l’esprit de la bourgeoisie. Admettons qu’il y trouve non seulement son compte mais aussi son bonheur, cela ne change rien à la logique qui conditionne ce succès, laquelle implique le déni de reconnaissance de l’immense majorité des artistes — talentueux ou non, ce n’est pas le problème, notre analyse ne porte pas sur la qualité esthétique des productions. Il faut une masse d’artistes au chômage pour légitimer le prix des ventes de quelques « génies ».

Si le discours « politique » de Trémeau n’a pas d’autonomie par rapport à ce qu’il critique, comment peut-il prétendre émanciper l’artiste?

La liberté de l’artiste contre le corporatisme

Pour cette raison, nous nous inscrivons en faux par rapport à ce discours conservateur (de la précarité organisée). Au contraire, nous considérons que la libération réelle de l’artiste par rapport à ses conditions d’exploitation et d’aliénation suppose de ne précisément pas le considérer comme un travailleur « à part », « spécial », c’est-à-dire selon un point de vue aussi mystifié que corporatiste. L’art n’est pas un cas à part, mais une activité productive parmi les autres. Exploitation et aliénation y sont présentes comme ailleurs. Émanciper le travail artistique, c’est donc, ici comme ailleurs, affirmer la qualification personnelle du producteur contre le chantage du marché du travail.

Cette affirmation implique que nous rejetions toute proposition s’inscrivant dans le sillon de la « spécificité artistique ». S’établissant dès le départ sur la mystification de l’artiste-dieu, elles expriment leur dépendance à la convention capitaliste de travail et leur renoncement à la mettre en question.

Dans ce registre, nous pointons principalement les propositions promouvant l’impôt pour « mieux soutenir la création ». Un impôt dédié à l’allocation de fonds, de locaux, d’un revenu universel ou optimal, ou encore de chèques-œuvres-d’art destinés au public. À travers de telles approches de l’économie politique de l’art, les militants dévoués à la promotion d’un art autonome de la valorisation du capital se lient, encore et irrémédiablement, à ce qu’ils rejettent. En quoi? Précisément en ce qu’il s’agit pour eux, à la manière de Trémeau, d’aménager un « à-côté » pour la production artistique. Ce faisant, le marché de l’art, ce qu’ils honnissent, n’est pas mis en cause, il est légitimé.

Alors, quelle solution? Quel mot d’ordre? Des propositions claires, réalistes en ce qu’elles s’appuient sur l’existant et immédiatement applicables, ont été faites ici : Vers une seconde libération de l’artiste.

 

Présentation du livre In Art we Trust sur le site de Tristan Trémeau.

 

[1] Par commodité, nous employons les termes de Trémeau pour qualifier Société Réaliste de duo d’artistes. Cependant, stricto sensu, Société Réaliste ne produit pas d’art, c’est-à-dire d’art beau. Cet article n’est pas le lieu pour développer le concept de beauté ; à titre de référence, rappelons simplement une définition qui permet de prévenir son association immédiate à des représentations particulières : « ce qui plaît universellement sans concept » (Kant). Le verbe « plaire » suppose l’esthétique, c’est-à-dire le ressenti. C’est à l’opposé que se construit le travail de Société Réaliste, pour la partie relevée par Trémeau : ce travail consiste en décodage de dispositifs de spéculation financière, qui sont ensuite recodés à travers la mise en scène, dans divers lieux d’exposition, de signes renvoyant à ces dispositifs. Mise en scène absolument opaque si le visiteur est dépourvu d’un récit préalable qui leur donne leur signification. Pauvreté extrême, sur le plan plastique, de la proposition de Société Réaliste, elle est quasi, voire entièrement réductible à la restitution analytique, c’est-à-dire anesthétique, qu’en fait Trémeau dans son livre.

[2] Abondant dans le sens de Trémeau, nous pourrions ajouter qu’APT, en se présentant comme une « sécurité sociale » des artistes, nie le principe de la sécurité sociale : loin de procéder à la couverture des risques par la répartition immédiate de la valeur économique produite par les artistes, le fonds procède via le différé de la capitalisation, se rendant alors directement dépendant de la bonne santé des marchés pour assurer son fonctionnement, tout en réduisant l’assurance sociale à son volet vieillesse.

[3] La question posée par Trémeau au texte de Rancière, au sujet de son caractère « consensuel et neutre dans ses choix et positionnements esthétiques », est elle-même très ambigüe.

Il est notoire que Rancière prône depuis des années un démocratisme radical : plusieurs de ses ouvrages entendent préciser le caractère à la fois subversif et émancipateur de la démocratie politique.

Ce faisant, les analyses de Rancière se développent couramment sous un jour esthétique, notamment dans Le Partage du sensible (2000) ou Malaise dans l’esthétique (2004). Nous avons soutenu déjà que, dans ces ouvrages, Rancière se livre à une fonte de la pensée politique dans la pensée esthétique, qui aboutit en une dépolitisation du politique, en finissant par lui substituer des considérations naïves sur l’usage des œuvres d’art. Naïves en ceci qu’elles apprécient l’art comme valeur d’usage portant en puissance un « partage du sensible » plus égalitaire que le partage présent. Avec Rancière, le « partage du sensible » désigne, en une sorte de syncrétisme, à la fois la division du travail social et la distribution des positions dans les rapports sociaux de production — donnant une tournure esthétique à ces concepts. D’un point de vue égalitariste, une redistribution de ce partage désigne à demi-mots l’abolition des rapports bourgeois de production théorisée par le marxisme. Cependant, considérée à travers le prisme de la puissance des œuvres d’art, l’esthétique de Rancière occulte le terrain fondamentalement économique sur lequel se joue la bataille de l’émancipation. Par inclusion, c’est le pouvoir sur la valeur économique de l’activité artistique comme constituant le véritable enjeu de lutte de classes au sein de l’art, qui est tû. Or face à cette problématique, s’en tenir au supposé « pouvoir émancipateur de l’art » est parfaitement mystificateur.

C’est pourtant un engagement résolu dans cette direction dont semble se réclamer Trémeau, dans l’extrait de texte que nous présentons de lui. S’exprimant au sujet du Spectateur émancipé, étude dans laquelle Rancière semble précisément moins s’investir dans un esthétisme politique que dans ses travaux précédents (nous y reviendrons), Trémeau fait état d’une déception : manifestement, il souhaiterait y lire la promotion résolue d’un art « politiquement chargé » — parti qu’il prend, pour sa part, à travers son soutien aux réalisations de Société Réaliste. Mais alors, Trémeau ne fait-il autre chose qu’abonder dans le sens des précédents écrits de Rancière? — Spéculer sur une fonction politique de l’art… qui accomplit la dépolitisation de la pensée politique?

[4] Pour tout savoir sur la convention capitaliste de travail : Bernard Friot, L’enjeu du salaire (La Dispute, 2012).

 

La note de bas de page [1] a été complétée le 2 juin 2013.

 

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  1. {Art contemporain : le concept} In Art we Trust | Bloc notes

    on 14 novembre 2012 at 13 h 06 min

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  2. Franka

    on 15 novembre 2012 at 10 h 16 min

    Je suis assez ahurie par votre article. Soit vous êtes de mauvaise foi, soit vous n’avez rien compris. Écrire que Tristan Trémeau fait le portrait des artistes comme des êtres « à part » et des potentiels « génies » parce qu’il revendique autonomie, liberté et choix comme moteur de la vie d’artiste, de la création, d’engagement politique et critique, c’est n’importe quoi ! Tout son livre montre combien de plus en plus d’artistes, de critiques et de curateurs montrent malheureusement de plus en plus d’abnégation, d’autocensure, d’auto-réification dans leurs rapports au marché. Et il en appelle en effet à une prise de conscience d’un nécessaire ressaisissement critique et politique de ces acteurs, en rappelant que l’économie à perte, qui définit le cadre économique d’existence de l’immense majorité des artistes et des acteurs de l’art (critiques, curateurs, et même galeristes), peut être source de prise de conscience que tout est possible. Que rien dans le travail et la vie d’artiste ne prédestine à la rentabilité immédiate ou différée de ce travail et de ce choix de vie. Il n’y a rien de misérabiliste là-dedans, au contraire. Cette prise de conscience peut être très libératrice. Lire ensuite que vous préconisez le salariat pour les artistes est délirant, hors de propos par rapport à ce qu’est « la réalité de l’artiste ». Vous ne semblez pas connaître ou mesurer ce qu’est être artiste. Comme réponse à l’aliénation, l’assujettissement des artistes à des « employeurs » ! Bravo ! Belle perspective !

  3. Samuel ZARKA

    on 15 novembre 2012 at 19 h 19 min

    Bonjour,

    Merci d’avoir pris le temps de commenter cet article. Je vous réponds.

    Je n’ai pas écrit que Tristan Trémeau faisait le portrait des artistes comme des êtres « à part », mais en revanche, que l’artiste conçu comme créateur (= dieu) sous-tend son texte de A à Z. Il n’y a pas de portrait d’artistes dans son livre (sinon de manière indirecte, à propos de SocRea notamment), mais une invitation faite aux artistes de « se libérer », comme vous le rappelez. Alors la libération y est proposée comme relevant d’une décision individuelle — mais le texte tend à faire de l’individualité un atomisme : l’individu abstrait. Il suit que rien dans le texte de Trémeau ne vient expliciter le contenu de la libération, sinon une suite de termes vides tant que n’en a pas été précisée la teneur. Ces mots sont « liberté », « autonomie », « choix » — termes repris sans plus de contenu sous votre main. De même pour « prise de conscience » ou « tout est possible », expressions que vous utilisez plus loin. De quoi parlez-vous précisément?

    Pour ce qui concerne l’auto-censure des employés de l’art, telle que vous la rappelez, il ne me semble pas que mon commentaire s’inscrive en faux par rapport à cela. Pour détail, je vous renvoie à ce texte : http://artcontemporain-leconcept.net/?p=4

    Pour ce qui concerne le misérabilisme, je ne vois pas ce que cela vient faire dans notre discussion.

    Pour ce qui concerne le salariat, votre remarque montre avec évidence que vous n’avez pas lu ce dont vous faites état. À la lecture, vous vous rendriez compte que vous ne devinez pas de quoi il en retourne. À titre indicatif, je me permet de vous signaler qu’en France, plus de la moitié des salariés n’ont pas d’emploi, d’employeurs, ni ne sont soumis à la valorisation d’un capital. Fonctionnaires, retraités, chômeurs indemnisés, parents. Plus de la moitié de la valeur produite chaque année l’est hors de la sphère marchande. C’est ce qu’en termes conservateur on appelle la dépense publique et qui est en fait la valeur économique non capitaliste produite par les salariés cités précédemment.

    Merci encore de vos remarques,

    SZ

  4. Actualité | Samuel Zarka Data Base

    on 28 janvier 2014 at 20 h 59 min

    [...] Lire la suite [...]